Le passage: quand la matière raconte une dérive cosmique

Il y a des tableaux qui naissent d'une idée précise, et d'autres qui naissent d'un geste. Le passage appartient à la seconde catégorie.

Une matière avant une image

Tout a commencé avec le gesso — cet enduit blanc qu'on utilise habituellement pour préparer une toile, presque invisible une fois le tableau terminé. Ici, je l'ai laissé exister pour lui-même : posé en reliefs, mélangé à du petit gravier, il donne à la surface une texture presque minérale, presque lunaire.

En travaillant cette matière, une image s'est imposée : celle d'une nébuleuse figée, d'une poussière d'étoiles cristallisée sur la toile. Ce n'était plus seulement de la peinture — c'était un terrain, un relief, une géographie inventée.

Un seuil entre deux mondes

Les bleus profonds du tableau se déploient comme des espaces infinis. Une traînée dorée les traverse — une comète, un souvenir de lumière, un chemin tracé entre deux mondes. Je n'ai pas cherché à peindre un paysage reconnaissable. J'ai cherché à peindre un passage : ce moment suspendu où l'on ne sait plus si l'on regarde vers le haut ou vers le bas, vers l'intérieur ou vers l'extérieur.

C'est ce qui me touche dans l'abstraction : elle ne montre pas un lieu, elle transmet un état. Le passage, ce n'est pas une destination. C'est la sensation de traverser.

Une œuvre à vivre de près

75 × 115 cm, techniques mixtes sur toile, encadrée. C'est une pièce qui demande à être regardée de près, pour que la texture du gravier et du gesso révèle tout son relief — et de loin, pour que les couleurs se fondent en une seule respiration.